20/02/2011

Histoire d’une brèche

Récit poétique d’une montée de sève entre besoins, désirs et manques ; du non-sens vers le sens, spirale de croissance

 

Il y a plusieurs jours, j’ai rencontré quelqu’un. Et il m’a regardé. On a parlé de lui, on a parlé de moi et de la vie aussi. On a marché ensemble. On a rit tous les deux, comme quand j’étais enfant. Et puis, on s’est quittés. J’ai ressenti en moi comme un immense vide. Et j’ai pleuré tout seul, sur le bord du trottoir. Plus tard, j’ai repensé à ce qu’il m’avait dit : « Si un jour, un grand vide habite ta maison, sois heureux. Si tu souffres du manque, si tu veux le combler sans même y parvenir, sois heureux. Ta souffrance abrite un grand besoin. » 

Je me suis relevé, j’ai marché dans la rue. Je me suis souvenu d’un jour de désespoir. Je voulais en finir. La mort, c’est un grand vide ; un manque abominable où la vie n’a plus place. Peut-être que ma souffrance abritait, ce soir-là, un fabuleux besoin. Besoin d’éternité…

ouverture,lumiere,coherence 

Quand je suis triste et malheureux, je retrouve en mon cœur les mots de mon ami.

J’ai remarqué, depuis, derrière l’image horrible que montrait ma douleur, une chose extraordinaire : la générosité. Cette souffrance amère est toujours généreuse. Elle recueille toujours un désir sans abri ou un besoin perdu. Elle ne vit jamais seule.

Un besoin qu’on accueille, qu’on dorlote et qu’on aime, c’est un besoin heureux. Un besoin cabossé et tout ratatiné à force de mépris, qu’on nourrit à force de tendresse, finit bien par grandir. Et c’est ce qui fait peur… Qu’en fera-t-on après ? Nos maisons sont petites. Elles sont tellement petites !

 

J’ai souvent essayé et j’ai appris un peu. Un besoin écouté transforme nos maisons. Il n’est pas encombrant, il éclaire les murs et rend l’air joyeux.

  Le pire ne tient pas à l’endroit qu’on croyait. En matière de besoin, ce n’est pas leur présence qui hante nos maisons, c’est plutôt leur absence ! C’est leur tambourinage et leur forte insistance qui nous rend agressifs. C’est quand ils veulent entrer et qu’on ferme les portes qu’on perd pied et qu’on tue. Ils tapent et tapent encore jusqu’à ce qu’on ouvre enfin. Et tant qu’on les refuse, on plonge en temps de guerre, de violence et de haine. De ces guerres intestines naissent fléaux et troubles et graves maladies.

   J’ai même entendu dire que nos désirs secrets s’associaient au Satan pour nous anéantir. « Ces désirs infernaux se déguisent et séduisent, puis lancent à nos portes mille et une tentations. » Alors nous redoublons de méfiance et de crainte pour ne pas succomber au puissant tentateur. Nos désirs continuent de frapper à nos portes, quémandant assistance à personnes en danger. Et nous devenons fous, sous l’effet du chantage.

 J’ai souvent recueilli mes désirs sans abri. Je les ai écoutés, j’ai prêté attention à leurs tambourinages. Alors ils s’éclairaient d’un sourire radieux et voulaient, à l’instant, m’en présenter bien d’autres. Je demeurais méfiant entre avance et repli, Je faisais confiance, j’observais leurs atours. J’exprimais à mon tour le but de leur visite. Je disais à mes proches à voix haute ou écrite le fond de leurs pensées. Soudain, tout pétillait de couleurs et de senteurs. Ils m’apportaient la vie, la beauté et l’amour. A force d’attention, j’ai appris leur langage et leur force de vie.

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 A parler du besoin, j’ai failli oublier son compagnon de route, le manque infatigable. Si le besoin sans cesse me visite et insiste pour se faire inviter, je sais bien que le manque est mon lot quotidien. L’un et l’autre se cherchent et jouent comme des frères, chacun attisant l’autre, chatouillant ses faiblesses. Heureux manque qui me rappelle enfin que je suis si petit dans ce grand univers !  Heureux besoin qui me fait conquérir et marcher de plus belle !

    Un jour que je chantais, un désir m’a saisi, me tirant par la manche. Il voulait en partage me faire un beau cadeau. Il voulait ranimer, au creux de ma demeure et jusqu’à l’extérieur, un feu longtemps éteint. Ils se mirent à plusieurs avec leurs frères manques pour souffler sur les braises. Lentement, des flammèches incendiaient en silence toute mon existence. Le brasier, peu à peu, consumait au creuset les apparences gênantes, celles de ma vie mondaine. Le feu fit apparaître l’élan impétueux de ma vocation d’homme…

Avec tous mes désirs, besoin d’accomplissement, je fus conduit au loin, au centre de moi-même. Au gré des vents et des tempêtes, j’ai débarqué, un jour, sur les rives de l’Etre. Je sus que le voyage seulement commençait.

 

Il m’a fallu du temps pour consentir encore et admettre l’agir du plus fragile regard lancé avec amour, plus puissant que les « faires » affairés des passants empressés. Je croyais que l’assise et le silence tonique attentif aux moindres va-et-vient des remous de mon être était passivité et marque d’impuissance à transformer le monde. 

Scellé dans le profond de ma chair palpitante, je sens l’unique besoin, symbole de tous les autres, qui s’apprête à jaillir pour célébrer les noces de l’homme et de l’éternité. Il est l’hôte invisibles de mes demeures d’en bas. Et les tourbillons d’air que son réveil annonce embrasent, à leur mesure, les lanternes du corps. Car le multiple et l’un célèbrent déjà l’ivresse de toutes mes nudités dans le souffle sacré.

 

   Le manque me fait toujours pâtir du besoin d’être uni à l’éternel présent. Et j’apprends tous les jours à écouter le souffle, à me laisser conduire vers l’autre que tu es.

Extrait du livre La puissance de la cohérence, Paul Pyronnet et Patrice Roux, Editions Jouvence, 2005 

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21:55 Écrit par ColetteL dans Actualité, Coup de coeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ouverture, lumiere, coherence |  Facebook |

14/05/2008

Pierre Baudier

"... Ses photographies ressemblent tantôt  à des tableaux abstraits dont on admire la construction et dont l'imagination prend le relais de l'oeil... Il saisit au vol, dans l'univers qui nous entoure, la magie de la création..."

HIPPOCAMPE   croisée des chemins   AVALANCHE 

http://www.pierrebaudier.com/

En équilibre sur son fil, croiser dans un éclair le regard de l'Infini.

Merci Pierre pour ton amitié et ton ouverture d'esprit

A très bientôt...